La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) : késako ? 

La RSE : un défi contemporain 

Nous vivons aujourd’hui dans une période inédite, qui se traduit par la nécessité de concilier les préoccupations environnementales, sociétales et économiques. A l’ère de la « Grande Accélération » (selon les termes des climatologues Will Steffen et Paul Cruzen), l’activité humaine demeure responsable de l’altération des écosystèmes et de la mise en danger de l’environnement et des populations. Progressivement, le concept de développement durable s’impose comme une nécessité pour les générations présentes et futures, et interroge la manière dont nous allons pouvoir nourrir une population de 9 milliards d’individus d’ici 2050. 

Face à ces nouveaux défis sociaux, les institutions internationales défendent l’application du concept de « business responsible conduct » (RBC) pour préserver et protéger les droits de l’homme, l’environnement et les relations au travail. C’est d’ailleurs dans cette même optique que les États-Unis ont originellement proposé des engagements pour lutter contre la corruption. Ces engagements forgeront ensuite le principe de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). 

Ce concept va à l’encontre de la logique classique défendue par l’économiste Friedman, selon laquelle l’entreprise doit à tout prix réaliser un profit et rendre compte de sa performance à l’actionnariat. En effet, la RSE s’appuie sur la création de valeur partagée (« shared value »). Cela consiste pour l’entreprise, à créer de la valeur économique en utilisant des ressources durables, qui ne sont pas néfastes pour l’environnement. Également à mieux gérer les risques à travers une plus grande indépendance vis-à-vis des gouvernements. 

La RSE : une préoccupation grandissante 

Même si les problématiques environnementales et sociales s’affirment progressivement, on estime que seuls 20% des 4,5 millions d’entreprises françaises (INSEE) appliquaient véritablement une stratégie RSE en 2019. La prise de conscience sur la nécessité d’agir a été accélérée par la loi PACTE (relative à la croissance et la transformation des entreprises) du 22 mai 2019. Cette loi est majeure car elle incite les entreprises à contribuer à la société, via la réduction de leurs externalités négatives. 

Selon une étude de la COP21, 75% du réchauffement climatique est le fait de 70 à 80% des entreprises. Face à ces chiffres alarmants, les entreprises ne peuvent plus ignorer les défis environnementaux qui s’imposent à elles. Un moyen d’action consiste donc à mettre en place une stratégie RSE co construite entre l’entreprise et les consommateurs. 

La RSE : un engagement aux multiples desseins 

L’enjeu est de réduire le chiffre d’affaires des entreprises lié à la production de produits néfastes pour la planète, et augmenter celui dont l’impact est positif. C’est le principe d’une économie vertueuse. Il a été bien intégré par des entreprises comme Carrefour, qui propose une transition alimentaire notable, ou encore Danone qui impulse une politique du “one health, one planet”. Pour réussir cette transition, une règlementation est indispensable, notamment dans les secteurs de la communication, du marketing et de la publicité, pour ne pas inciter au gaspillage et promouvoir l’impact collectif. On comprend donc que la RSE est une démarche globale qui aborde des sujets interconnectés. 

En effet, la RSE renvoie à sept questions interdépendantes : la gouvernance, les Droits de l’Homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs et communautés et le développement local. Ces problématiques sont listées au sein de l’ISO 26 000 : c’est le référentiel en matière de RSE. Il s’agit d’une norme internationale dont l’appropriation a permis l’émergence d’objectifs de développements durable (ODD). Ces objectifs se présentent comme une feuille de route des Nations Unies pour les collectivités, les Etats et les entreprises. Mais là encore, la RSE apparaît comme un sujet complexe et difficilement appropriable pour tous. Pourtant, il existe 5 piliers évidents sur lesquels nous pouvons tous agir. 

Les 5 piliers de la RSE : 

Le premier d’entre eux est la gouvernance, qui renvoie notamment au partage du pouvoir décisionnel, à un pilotage commun du plan d’action de l’entreprise (via l’instauration d’un dialogue social et d’une transparence) et à l’intégration des parties prenantes dans la structure. Le deuxième renvoie aux problématiques sociales. L’enjeu est d’assurer une qualité de vie au travail via la promotion d’une mobilité interne, la lutte contre les risques psycho-sociaux (RPS), et la mise en place de formations pour assurer la parité, l’égalité et la diversité. Le troisième concerne l’environnement et recouvre les questions d’énergie, de climat, de consommation des ressources, de gestions des déchets et de préservation de la diversité.

Le quatrième pilier est l’économie, car la RSE est bien la déclinaison du développement durable dans le secteur économique. Cela renvoie donc aux relations contractuelles avec les fournisseurs et clients, à la loyauté des pratiques et à la pérennité de la structure. Enfin, le cinquième pilier renvoie au territoire car il n’y a pas d’entreprises hors sol. C’est l’idée de montée en compétence, par l’intermédiaire du sponsoring, coaching ou des partenariats sur le territoire.  

Finalement, l’enjeu de la RSE est de parvenir à canaliser les énergies de l’entreprise au service de causes qui dépassent le marché. Cependant, le concept de RSE n’est pas encore véritablement approprié par tout le monde car il présente une contradiction pour l’entreprise, entre son souci de vendre (sa raison d’être initiale) et son souci d’assurer le bien-être (qui doit devenir la préoccupation primaire).